série de 15 diptyques
30 x 60 cm – impression pigmentaire
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photographier un camp nazi
Arrivée au camps de Theresienstadt : une grande croix sur le terre-plein, un marchand de souvenirs et de glaces à l’entrée. Puis-je (éthiquement s’entend) photographier?
Les premières pièces me glacent le dos. Je me dois réagir, témoigner avec mes modestes moyens, éviter les pièges de l’esthétisme et du sentimentalisme. Mais de quelle façon le dire : des choses ont disparu, le temps a muséifié ces vestiges, je n’ai pas vécu dans ma propre chair ce que d’autres y ont vécu, l’inconcevable ne peut pas être figuré.
Immédiatement et inconsciemment, une vision de près s’est imposée, vision qui, après-coup, s’est avérée être celle d’une absence, d’un au-delà spatial et temporel. Le temps de la décantation et la lecture de « Les naufragés et les rescapés » de Primo Levi ont fait le reste.
Le monde dans lequel on se sentait précipité était effrayant, mais il était aussi indéchiffrable : il n’était conforme à aucun modèle, l’ennemi était tout autour mais aussi dedans, le « nous » perdait ses frontières, les adversaires n’étaient pas deux, on ne distinguait pas une ligne de séparation unique, elles étaient nombreuses et confuses, innombrables peut-être, une entre chacun et chacun.
Primo Levi, les naufragés et les rescapés.