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limbes

impressions jet d’encre pigmentaire

format : 30 x 30 cm

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Il nous arrive parfois, au réveil ou lors de grande fatigue, que par relâchement de notre attention, l’espace environnant vacille. Il va perdre de sa concrétude au bénéfice de sensations colorées, matériologiques, vibratoires. Il se décentre sans se déréaliser complètement. Il est toujours là, mais à lui va se superposer un espace du dedans (intérieur) qui dans un mouvement de régression a peut-être à voir avec la vision (antérieure) du petit enfant, vision océanique, flottante, non cartésienne.
Il m’arrive fréquemment de me retrouver dans cette situation : ma vision semblant me jouer des tours avec la gestalt. Cette série tente de saisir, de garder une trace de ce phénomène involontaire, soudain et instable. C’est à la prise de vue que la saisie de cette vision se fait, il ne s’agit nullement d’une reconstruction par Photoshop.

 

L’espace était mesurable et crissant, mais sans forme pénétrable. Et le centre était une mosaïque d’éclats, une espèce de dur marteau cosmique, d’une lourdeur défigurée, et qui retombait sans cesse comme un front dans l’espace, mais avec un bruit comme distillé. Et l’enveloppement cotonneux du bruit avait l’instance obtuse et la pénétration d’un regard vivant. Oui, l’espace rendait son plein coton mental où nulle pensée encore n’était nette et ne restituait sa décharge d’objet.

Antonin Artaud, L’Ombilic des Limbes