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Jacques Boulanger : Occurrences

Tout signe est l’émergence d’une singularité – le mathématicien dirait du «discret» – sur un fond continu préexistant. Souvent la réitération du signe discret converge vers une forme continue et permet de l’approcher, voire d’en donner l’illusion. Ainsi fonctionne le cinéma qui offre l’apparence du continu de la vie grâce à 24 signes tracés chaque seconde sur le continuum du plan de l’écran et du temps.
Rien de tel dans le travail de Didier Lemarchand où le discret se manifeste à l’état chaotique sans s’organiser vers une figure continue ou même, à rebours, apparaît comme une déconstruction d’une telle figure.
Les Occurrences semblent vouloir briser l’illusion d’une vision continue du monde en donnant à voir deux plans superposés bien distincts et sans effet de profondeur de champ de l’un à l’autre : l’arrière plan est coloré et propose des formes continues tandis que le premier plan ne l’est pas et est dédié au sporadique; l’effet de cassure est encore accentué par la division en fenêtres. Le sentiment qui en ressort est celui d’un retour des choses à la poussière.

texte figurant sur la plaquette de l’exposition de Didier Lemarchand : Occurrences
Galerie Molière – Espace Jean Legendre, Compiègne
11 octobre au 25 novembre 1995