boîte 25

25

 


A Monsieur et Madame ON

Comme je n’ai pas osé sonner je vous écris ce petit mot.
Vous dites que « vous êtes là » donc toujours là mais je ne sais pas comment vous faites pour rester dans un taudis pareil. Et si vous ne sortez jamais ni le jour ni la nuit été comme hiver c’est que vous devez regarder tout le temps la télé et que vous devez être ravitaillés par les pigeons voyageurs. J’en ai vu d’ailleurs une dizaine sur l’appui de fenêtre du premier étage qui ne se gêne pas de vous chier dessus quand vous oubliez de changer de trottoir. Quoi qu’il en soit ce n’est pas une vie de ne jamais mettre le nez dehors et je vous plains sincèrement.

Quand donc allez-vous partir?

Un Voisin Anonyme

boîte 26

25

 


Á l’attention de Monsieur le Syndic de l’Immeuble « LES MATHIFOLADES » sis au 26, rue Lewis Carroll

Monsieur,

Je me présente : Yann BURIDAN, préposé à la distribution du courrier de la Rue Carroll et j’ai quelques remarques à vous faire concernant la disposition des boîtes aux lettres de l’immeuble dont vous avez la responsabilité.
Tout d’abord, la diversification de l’utilisation des boîtes ne me semble pas très réglementaire. Vos prétendez disposer une boîte donnant dans la rue « réservée à la publicité » et des boîtes « sous le porche intérieur pour le courrier postal ». Mais n’est-ce pas détourner le matériel normalisé par les soins de La Poste à des fins profanes, c’est-à-dire aptes à recevoir la publicité non distribuée par les services postaux ?
D’autre part pensez-vous qu’un facteur, agent recruté et formé pour une tâche spécifique, doive jouer à une sorte de jeu de piste afin de distribuer correctement ce qui lui échoit de distribuer ? Il n’entre pas dans nos obligations de service d’aller déchiffrer ce que des résidents peu soucieux des fatigues inhérentes à notre métier, décideront d’apposer sur leurs boîtes.
Vous allez sans doute me rétorquer que la boîte extérieure destinée à la publicité est en fait un moyen de faciliter notre travail de postier en empêchant l’engorgement des boîtes par toutes sortes de dépliants. Mais vous êtes-vous demandé quelles seraient les réactions d’un malheureux facteur distrait qui glisserait par inadvertance une facture, une convocation, voire un chéquier ou une carte bleue dans la boîte extérieure au risque de voir ce document important finir à la déchetterie au milieu du fatras de prospectus sans importance ? Je vous le dis tout net, ma conscience professionnelle ne me permettrait pas de survivre à une telle erreur. Et, ne croyez-vous pas qu’il serait cruel de rajouter aux tribulations de travailleurs déjà durement éprouvés par tous les chambardements de ces derniers temps ?
Mais, la pire conséquence de votre décision irréfléchie c’est de tourner le dos à la logique la plus élémentaire et de plonger le malheureux facteur dans des abîmes de perplexité. Je m’explique. Il n’est pas nécessaire d’être agrégé ès logique pour comprendre où se situe la faille dans votre système arbitraire de répartition du courrier. Vous rangez ainsi en deux ensembles disjoints « les publicités » d’une part et « le courrier postal » d’autre part. Avez-vous oublié que nous sommes amenés à distribuer des messages publicitaires mis sous enveloppe cachetée ?
Supposons que je doive vous remettre (sous pli cacheté naturellement) tel catalogue de petites gourmandises, ceci n’étant qu’hypothèse d’école bien entendu. Que dois-je faire ? Le document à transmettre est, sans conteste un « courrier postal » et ne peut donc être mis dans la boîte extérieure. Mais c’est aussi de la publicité et je ne l’ignorerai pas puisque l’enveloppe sera oblitérée à un tarif préférentiel et portera une marque distinctive. Par conséquent je ne pourrai pas la glisser dans votre boîte sous le porche…
Vous l’avez compris : mission impossible pour moi.
Monsieur, étant à quelques mois d’une retraite bien méritée, je tiens à continuer d’exercer ma profession dans la sérénité. Aussi je vous saurai gré de réfléchir à une solution à cet épineux problème. Je vous prie toutefois de ne pas rajouter une troisième boîte pour le « courrier postal à caractère publicitaire ». Là, ce serait tomber de Charybde en Scylla !
En espérant une heureuse issue à mes doléances, je vous souhaite le bonsoir. La nuit porte conseil, dit-on…

Yann BURIDAN

boîte 27

25

 


Bonjour Henri,

Comme je n’ai pas osé te déranger, j’ai déposé ce mot dans ce que je crois être ta boite à lettres (le n°700 c’est bien toi ?).
Je ne sais pas si tu as l’intention de la remplacer mais je t’y engage. La consolider ne sert plus à grand chose. Mais ce n’est pas pour cela que je t’écris.
En fait, je m’inquiète pour ta santé qui, m’a-t-on dit, est à l’image de ta boite à lettres (certains font des comparaisons un peu osées) mais passons… Ils ne m’ont d’ailleurs pas précisé s’il s’agissait de ta santé physique, mentale ou les deux ?
Tu aurais confié à quelqu’un rencontré au rayon des surgelés de la supérette qui ne t’avait pas vu depuis plus d’un mois « que l’ascenseur était en panne et comme tu habitais au 700 ème étage… La réponse l’a laissé un peu dubitatif car il lui semblait que tu ne plaisantais pas ?!
Il est vrai que tu rases les murs même quand il n’y en a pas et que tu sors revêtu d’une burka (c’est un voisin qui t’a reconnu).
On t’aurait même vu monter dans une poussette tiré par un labrador. Mais celui qui fait courir ce bruit est un parfait plaisantin.
Pour m’assurer que tu te portes bien, je t’invite donc dimanche prochain (le 17 janvier) au pic-nique qu’organise au pied de notre immeuble démoli l’année dernière les anciens locataires (ceux de l’entrée 11).
Habille-toi chaudement.
J’espère que ce mot va te parvenir. J’ai hésité à le glisser derrière la plaque de carton au fond de la boite mais comme je ne sais pas si c’est une planque pour qu’on ne pique pas tes lettres je m’en suis dispensé.
N’oublie pas de venir en habits civils. Je serais très heureux de te revoir cher Henri.

Ton pote,
Edouard Langelet